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Thomas Huber
Le cabinet des images
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Seit dem 4. September zeigt das Aargauer Kunsthaus in Aarau/CH eine Übersicht über das Schaffen von Thomas Huber unter dem Titel 'Das Kabinett der Bilder'. Die Ausstellung ist anschließend im Museum Boijmans Van Beuningen in Rotterdam/NL sowie im Kaiser Wilhelm Museum und Haus Lange Krefeld/D zu sehen. Der folgende Text resümiert die 20 jährige Arbeit an Bildern und erlaubt einen Einblick in die Konzeption und Vorbereitungen zu dieser Ausstellung.
En 1982, à la fin de mes
études, je présentai Discours sur le déluge lors de la journée portes ouvertes
de l'académie des beaux-arts de Düsseldorf. Le tableau montre la halle de gymnastique
du lycée de Zurich où j'avais accompli ma scolarité et que j'avais quitté le
baccalauréat en poche. Cette halle était une de ces bâtisses pleines de recoins
derrière la Bahnhofstrasse en plein centre de Zurich. Formant la façade arrière
d'un massif bâtiment scolaire datant de l'ère de l'expansion industrielle allemande,
elle était contiguë à la chapelle Sainte-Anne, une petite église votive appartenant
autrefois à une abbaye. De dimensions modestes sur une galerie trapue, le sanctuaire
était tout en hauteur. Les grands immeubles de bureaux voisins ne lui laissaient
que peu de place, si bien que seule une faible lumière réussissait à pénétrer
à travers ses deux opaques verrières pseudo-gothiques. Une porte donnait sur
la salle de gymnastique dans un couloir situé devant les vestiaires des filles
et des garçons ; aussi la chapelle sentait-elle toujours un peu la sueur enfantine.
Ce passage n'était déverrouillé que pour les grandes fêtes. Après le service
religieux, parents et proches l'empruntaient pour se rendre dans la salle de
gymnastique transformée pour l'occasion en salle de réception et dotée d'une
scène. Nous présentions à tous les parents une pièce de théâtre ou chantions
en chœur. Les fenêtres de la salle de gymnastique - salle de théâtre donnaient
sur une grande cour intérieure en face d'un hôtel. Durant les cours de gymnastique
matinaux, nous pouvions observer par ces baies le lever des clients de cet établissement.
Nous prenions un malin plaisir, en jouant au ballon, à tirer de toutes nos forces
contre la porte de communication avec la chapelle. L'écho du choc résonnant
dans tout le sanctuaire était phénoménal. J'avais réalisé une peinture à l'huile
de cette drôle de salle de gymnastique dotée de ce voisinage surprenant pour
y parler du déluge devant un public réuni à cet effet. J'y avais placé différentes
choses - des tableaux, des maquettes, des installations, etc., censées illustrer
mes pensées durant le discours. Je tins ma conférence de mémoire, m'aidant à
peine de quelques notes. Sous un tas de vieux habits, j'avais retrouvé un des
costumes de l'époque où je vivais toujours à la maison quand ma mère achetait
encore mes vêtements. Je l'avais mis pour souligner la solennité de l'événement.
Il était jaune clair, en fibres synthétiques infroissables mais désormais trop
petit. Le Discours sur le déluge date des débuts de mon expression artistique.
Le thème choisi, tout comme le fait de montrer un tableau en l'accompagnant
d'une conférence est resté jusqu'à aujourd'hui chez moi une habitude programmatique
et une posture artistique. Plus de vingt ans après cette première présentation
du Discours sur le déluge dans la salle des fêtes de l'académie des Beaux-arts,
il est désormais possible d'avoir une vision d'ensemble de mon œuvre. Le Discours
sur le déluge, mon premier tableau, me donne l'occasion d'expliquer deux traits
fondamentaux de ma conception de la peinture, encore valables aujourd'hui. Il
faut comprendre les lignes qui suivent comme une vision critique, comme l'inventaire
d'une œuvre du point de vue de l'auteur. Cela peut servir aussi à donner aux
responsables d'expositions une idée générale de mon travail et, le cas échéant,
me permettre une évaluation personnelle. Nous allons donc commencer par un résumé
raisonné. Cela pose naturellement la question de la manière dont il convient
de présenter mes tableaux datant de différentes époques dans une même exposition.
On les a toujours exposé jusqu'à présent en leur conservant une unité de contenu,
en les regroupant par époque. Jusqu'à ce jour, j'ai toujours exposé mes tableaux
selon un même thème. À la fin de mes explications, je vous ferai part mon idée
sur la manière de rassembler une sélection de tableaux de différentes époques
en un seul, les réunissant tous. Le tableau est un lieu Une déclaration qui
engage, un communiqué, nécessite, à mon avis, que l'on puisse identifier le
lieu d'où elle est faite. Outre la désignation de ce lieu, l'avis révèle ses
modalités, ses possibilités et ses limites. Il est donc précédé d'une explication
sur le choix du lieu, du point de vue. Une déclaration artistique doit, d'une
part, trouver son emplacement et, d'autre part, s'exprimer en un instant favorable,
un moment de transparence, en principe déjà octroyé à cet endroit spécifique.
Le choix de cet emplacement oscille donc entre la représentation libre et la
limitation biographique. Par son étonnant voisinage clérical, par ses possibilités
de voyeurisme du fait des chambres d'hôtel toutes proches, par le mélange de
senteurs de poussière d'école, de sueur de salle de gymnastique et d'encens,
la halle de mon école, que l'on pouvait transformer en salle de théâtre, me
paraissait l'endroit idéal pour la manifestation de ma révélation personnelle.
Ce labyrinthe incompréhensible et indiscernable d'architectures et d'impressions
que je connaissais si bien m'a donné assez de confiance en moi pour le peindre.
Le choix de ce lieu m'a aussi permis de représenter des objets dans le tableau,
sans être contraint de les inventer. Est-il opportun, à un moment donné, de
peindre des tableaux ? Que la peinture soit à la mode ou non ne joue aucun rôle
dans le choix de ce médium. Il ne sera plus jamais possible de peindre sans
se poser de questions, de faire comme si c'était naturel. Aujourd'hui, chacun
doit réinventer pour lui-même une raison suffisante de se procurer pinceaux
et toiles. En art, plus rien n'est évident. Avant d'exécuter le Discours sur
le déluge, j'avais réalisé de nombreuses esquisses de pupitre. J'avais fait
des plans, des maquettes, j'avais même suivi des cours de menuiserie. J'avais
rempli de nombreux cahiers avec des dessins d'une nouvelle Arche, j'avais conçu
des panneaux pour une conférence et préparé des notes pour mon discours destiné
à sauver le monde. Et, surtout, j'avais cherché à Düsseldorf un local approprié
pour m'adresser au public qui allait être sauvé. L'image de la salle de gymnastique
de Zurich me revint alors en tête. Ce fut pour moi une révélation ! J'allais
tenir mon discours dans le tableau, j'allais peindre dans ce tableau, c'est-à-dire
dans cette salle, tous les outils que j'avais préparés dans mes nombreuses esquisses
aux fins d'éclairer mon discours. Et, par mon éloquence, j'allais en fin de
compte sans doute parvenir à y attirer le public ! Non, pas de local quelque
part, à Zurich, à Düsseldorf ou ailleurs. Pas de grandes et encombrantes constructions,
pas de travaux de menuiserie, juste une image de tout cela. Un tableau, une
peinture. Le message partirait du tableau. C'était comme si j'avais découvert
dans le tableau le lieu d'une importante communication artistique. J'avais trouvé
dans l'image l'endroit d'où je pouvais sauver le monde. C'est de là que j'allais
adresser aux hommes mon Discours sur le déluge. Dans ce discours, dans ce tableau,
j'annonce une conception de l'image qui engagera tout mon travail ultérieur
: le tableau est un lieu. Ce lieu est un passage, une limite, un seuil. Une
transformation s'opère en franchissant ce seuil. Ce lieu, ce tableau, cette
surface, s'ouvre à l'espace. Le tableau est ce lieu où s'ouvre l'espace, l'espace
pictural. Contrairement à la représentation physique de l'espace, qui définit
le lieu (le point) dans l'espace, le lieu est ici l'emplacement privilégié où
l'espace peut enfin s'épanouir. Avec son réemploi du genius loci dans Bâtir,
habiter, penser, Heidegger donne une nouvelle interprétation du concept d'espace.
Je n'ai lu ce texte que bien plus tard mais avec passion. Albrecht Dürer parle
de ses dessins en employant un mot allemand " Riss " qui n'est plus utilisé,
dans ce sens, que par les architectes et les dessinateurs, chez qui il signifie
tracé, épure, plan ; on en trouve trace dans les mots composés Grundriß = plan
et Aufriß = élévation. Son sens courant actuel est : déchirure, fissure. La
surface fermée du tableau est donc déchirée, fissurée ; la profondeur, celle
de l'image s'ouvre sur l'espace. L'espace pictural est une étendue à découvrir,
qui s'ouvre derrière sa surface. Ce monde ne peut être ouvert qu'en un lieu
choisi, un endroit qui s'ouvre : le tableau. L'espace pictural Discours sur
le déluge a été construit conformément aux règles de la perspective. Dans Discours
à l'école, ces règles ont été l'objet d'une profonde réflexion et se sont vu
reconnaître comme un moyen sûr et précis de s'orienter et de se mouvoir dans
l'espace pictural. Par ailleurs, dans la représentation en perspective du cercle
grâce à des coupes sphériques (cette particularité de la perspective théorique
constitue en outre la base de la discussion sur les courbes), on trouve un instrument
précis pour servir de médiateur entre l'espace réel et l'espace pictural (voir
à ce propos Au visage et Discours à l'école). La perspective n'est cependant
pas considérée comme un moyen de réaliser d'après un plan la représentation
plausible d'une situation donnée ou d'un projet architectural. Elle sert davantage
à construire un passage calculable dans le monde des images et à y garantir
une orientation fiable. L'"autre" espace, l'espace pictural, se mesure donc
au moyen de principes géométriques précis. Dans Discours sur le déluge, on présente
un savon à l'orateur, on fait chauffer de l'eau dans une bassine et on explique
pourquoi. On trouve donc déjà là des expériences physiques et chimiques. Dans
les tableaux suivants, ce genre de démonstration sera précisé (Discours à l'école,
Des Bains publics pour Münster, La Visite à l'atelier, Eau, sel et tableaux,
L'Exposition, La Banque - Une représentation de la valeur). L'espace pictural
peut donc désormais être déterminé ou influencé : la température idéale de l'image,
les conditions climatiques, la pression osmotique à la surface du tableau (La
Bibliothèque). Les nombreuses références à des phénomènes physiques ou chimiques
et à des lois scientifiques se basent souvent sur des idées alchimistes et constituent
une tentative explicite de décrire, de débattre et de résoudre par des allégories
des problèmes picturaux. Il s'agit de fournir au créateur de tableaux des indications
claires et des paramètres lui permettant un travail précis et l'obtention de
bons résultats. Dans Discours sur le déluge, l'espace pictural ainsi ouvert
et défini est le lieu d'une communication importante, voire essentielle : le
discours. J'avais à l'époque apposé une affiche annonçant le discours pour inviter
le public à venir dans la grande salle de l'académie des Beaux-arts. Cette conférence
traitait du salut. La promesse d'être sauvé, affirmais-je, se réaliserait dans
l'espace pictural. C'était là le lieu de la salvation du monde. L'annonce de
ce salut, le sauvetage du monde promis par le Discours sur le déluge, se poursuit
dans les tableaux suivants sous la forme de différentes visions. La condition
d'une telle révélation est l'ouverture de l'espace pictural en respectant les
règles découvertes (La Visite à l'atelier, La Fête des noces, Des Bains publics
pour Münster, L'Exposition, Le Rêve de Jacob). Ce message de salut, sa réalisation
dans l'espace pictural est illustré dans différents tableaux, dans diverses
allégories. Dans Discours sur le déluge, il est le nouveau regard plein d'amour
sur le monde. L'harmonie est la condition de ce regard. Dans les tableaux suivants,
Discours à l'école et La Fête des noces, l'image devient agora. Les composants
internes, la composition du tableau se muent en la réunion éclairée de ceux
qui sont venus pour voir le tableau. Concevoir un tableau, c'est réussir une
forme où les spectateurs, les personnes intéressées par le tableau, se retrouvent
devant lui. Dès qu'elle atteint l'espace pictural dans Discours sur le déluge,
la communauté des spectateurs trouve le salut sous la forme de l'Arche. Dans
Discours sur la création, l'orateur déclare que les personnes de l'assistance
sont des arbres et les réunit dans une forêt obscure, paisible et insondable.
Dans La Fête des noces, elles sont accueillies à une table préparée à leur seule
intention et, dans cette communion solidaire avec les mariés, elles sont amenées
à la perfection formelle. Dans Des Bains publics pour Münster, conformément
à l'utopie sociale des baptistes, la contemplation commune du panneau est considérée
comme un bain collectif, comme un plongeon dans une meilleure image du monde,
au sortir de laquelle les spectateurs deviendront des hommes nouveaux. Contrairement
à la promesse religieuse ou psychologique de salut, la rédemption n'obéit pas
ici à un rite ou à une dynamique de groupe, elle s'accomplit de manière mesurable,
géométrique et absolument formelle. On ne fait donc pas de prosélytisme et on
ne tente pas au préalable d'atténuer les scléroses psychiques ou sociales. Il
suffit d'assister à la présentation du tableau. Le processus de vision à lui
seul, parce que prévu et calculé, mène au salut. Le tableau sauve. (Tout comme
l'aspirine guérit les maux de tête. Pour que cela opère, point n'est besoin
d'en comprendre la composition chimique, ni même d'y croire. Les remèdes homéopathiques
agissent de la même façon à la seule condition de ne boire ni café ni thé à
la menthe, qui pourraient en annihiler les effets. Sur le modèle de cette restriction,
je conseillerais aux spectateurs qui espèrent le salut par la contemplation
des tableaux de ne pas lire d'ouvrages philosophiques ou esthétiques ; je les
inviterais, s'ils le désirent, à prendre contact avec moi pour que je leur prescrive
les livres à consulter sans avoir à redouter d'effets secondaires regrettables.)
Image et mot Dès le début, je n'ai jamais pu concevoir un tableau sans l'exposer,
c'est-à-dire sans le montrer à un public. Durant mes années de jeunesse à Zurich,
les expositions, que ce soit dans une galerie ou dans un musée, m'ont toujours
intimidé à cause de l'isolement, de la froideur et du respect qu'inspiraient
leurs murs blancs. L'élégance des jeunes femmes derrière les bureaux des galeries
ainsi que celle des invités richement vêtus des vernissages réfrénaient mon
intérêt pourtant brûlant pour les objets exposés. Je me tenais donc à l'écart
en goûtant les délicieux petits fours, les saucisses ou les morceaux de fromage
enrobés de pâte feuilletée. Dans les années 1960, toutes les grandes galeries
américaines avaient ouvert une succursale zurichoise. Les mets destinés aux
invités étaient succulents. Mes tentatives d'engager la conversation avec les
employés, visiblement axés sur l'aspect commercial - c'étaient en fait toujours
des employées, des jeunes femmes assises derrière des bureaux design - se heurtaient
à une convention selon laquelle on ne parle en aucun cas des œuvres exposées.
Une conversation ne pouvait pas se dérouler devant les tableaux, elle aurait
pu détruire l'aura péniblement mise en scène autour de ces pièces. Je n'ai jamais
cessé de rencontrer ce mutisme devant les tableaux, non seulement dans les lieux
d'exposition mais aussi dans les écoles des beaux-arts. À ce silence s'opposaient
des monceaux incommensurables d'écrits. Je constate que si l'on ne peut pas
parler devant les tableaux, l'on peut par contre tout écrire sur eux. Aussi
tentai-je tout d'abord de lancer avec des phrases toutes simples, d'essayer
de les prononcer devant eux. Je disais : " J'ai fait ce tableau. Regardez comme
il est beau ! " Je n'utilisais pas le langage pour décrire le tableau, pour
constater ce qu'il est, mais comme moyen de communication entre lui et le spectateur
(Discours sur la création, Discours à l'école, Le Rêve de Jacob). La spécificité
de ces phrases était le mode impératif. L'exclamation. On voit quelque chose
et on dit : " C'est un arbre ! " On le déclare parce que ce qu'on a vu doit
être un arbre. On donne un nom à une chose. On crée pour soi et pour les autres
les fondements de la compréhension : " Ceci est un arbre ! " La parole énoncée
se distingue sensiblement de l'écrit par le fait qu'un fois dite elle semble
passée. Le mot émis est un souffle. Ce souffle est promis à l'énoncé. Vu ainsi,
le mot proféré n'a pas disparu, il s'est transformé en la chose promise, il
lui a insufflé l'esprit. L'impératif est la forme originelle de l'acte de création
: " Que la lumière soit et la lumière fut ! " L'impératif énoncé produit les
choses en les animant, en leur insufflant l'esprit. Un exemple extraordinaire
de ce caractère naturel du langage est la phrase " Hoc est corpum meum ". (Voir
la rencontre entre Luther et Zwingli à Marburg en 1529. Le premier, en défenseur
acharné de la transsubstantiation, écrivit alors cette phrase sur la table entre
lui et son interlocuteur pour se donner de l'assurance. Par la seule fixation
écrite s'exprime un tournant de l'histoire de la pensée : la transcription.
Avec cet écrit, Luther, promoteur avéré de cette évolution, allait à l'encontre
de ses propres convictions.) Cette phrase n'a de sens qu'oralement. C'est pourquoi
l'Église catholique reste très attachée dans sa liturgie à la célébration du
sacrement. La langue parlée peut servir d'intermédiaire entre l'esprit et la
matière. Elle réunit la matière sans monde et l'esprit qui contient le monde
alors que l'écriture ne peut décrire ce processus que comme un phénomène passé
et perdu. Dans Discours sur le déluge, comme dans Discours, postérieur, les
spectateurs sont rassemblés devant un tableau pour former une communauté. Ils
sont disposés devant la toile dans un agencement correspondant à celui du tableau
et de sa composition. Une ou deux rangées de bancs ou de chaises devant la toile
suffisent pour constituer un groupe à partir de spectateurs isolés et indécis.
L'orateur fait son entrée. Il parle. Il déploie un espace, un espace de paroles,
suffisant pour englober les spectateurs et le tableau. C'est surtout dans la
continuation de son discours qu'il parvient à réunir en un seul l'espace des
mots et l'espace de l'image présenté dans le tableau devant les spectateurs.
Par la parole, il place les spectateurs dans l'image. En lui insufflant l'esprit,
il permet à l'espace pictural d'englober le monde et il invite les spectateurs
à faire partie de ce monde. La correspondance entre la situation discursive
et celle de l'image constitue une aide pour ce transfert, pour cette translation
opérée par les mots. L'espace du discours est le même que celui qui s'ouvre
dans le tableau (Discours à l'école). Mais il suffit d'une chose qui est présentée
au spectateur dans la conférence et qui se retrouve dans le tableau. Le plus
apparent est le tableau lui-même que l'on retrouve dans l'image (Discours à
l'école, Mesdames et Messieurs, L'Exposition). Le transit du spectateur, la
médiation s'opère d'une part à l'aide des lois de la vision, de la perspective.
Ces lois appliquées aux tableaux de grand format produisent un effet plus fort.
Ils sont d'ailleurs aussi contraints de s'adresser à un vaste public. Contrairement
à ce qui se passe avec les grands formats de Barnett Newmann, par exemple, les
miens s'adressent à un rassemblement de gens et jamais à un spectateur unique.
Ma conception des tableaux ne s'accorde en principe pas non plus à la présentation
dans un musée, telle qu'elle est restée en usage depuis le XIXe siècle. On s'y
réfère au détail. Cette manière de voir les tableaux dans les musées en dérange
plus d'un. La peinture telle que je l'envisage ne se limite donc pas à la création
d'objets, elle ne se réduit pas non plus à une retraite solitaire et géniale
dans un atelier. Pour moi, le tableau comprend sa vision qui est, se doit d'être,
un événement mondain. La réalisation d'un tableau ne se limite pas à la surface
de la toile, elle crée un rapport entre l'image et le spectateur. Le projet
a pour dessein de donner une nouvelle forme au public. Scepticisme et crise
Discours sur le déluge a été suivi de Discours sur la création et de Discours
à l'école. Stimulé par l'euphorie des début, passionné par la découverte de
l'image et ébahi par la révélation de l'espace pictural, j'ai terminé en moins
de deux ans ces trois tableaux, pensés dès l'origine comme une trilogie. De
nombreux aspects de cette " première " ont été repris par la suite dans d'autres
tableaux, certains détails en ont été précisés ou éclairés selon d'autres points
de vue. J'aurais mauvaise grâce à ne pas reconnaître que les bénédictions, les
tentations, les dangers et les blessures occasionnées par le marché de l'art,
qui a immédiatement accepté et commercialisé ces prémices, ont eu des effets
sur l'évolution ultérieure de mon œuvre. Le projet de La Banque, un représentation
de la valeur a constitué, à la fin des années 1980, une période où le marché
de l'art voyait grand, une tentative de choisir ma voie et de prendre de l'assurance
en toute indépendance. Le facteur déclencheur a été la constatation horrifiée
que le langage de l'argent, la puissance de l'économie, risquait d'étouffer
la force de la poésie. Il s'en est suivi une longue étude de la langue ce qui
impliquait celle de la linguistique, de l'histoire de la langue, de la philosophie
et, en particulier de l'esthétique, et a aboutit à l'examen de la philosophie
française avec sa critique de Heidegger. Les conséquences de cette activité
furent révélées dans le projet de La Banque sous la forme d'une économie de
l'esthétique. L'argent devait s'embellir, à l'instar du langage qui lie. En
effet, seule la beauté, c'est-à-dire le don de s'offrir sans condition, est
à même de garantir la force d'expression ainsi qu'un engagement au-dessus de
tout soupçon de la part du langage. Dans une action rappelant le culte à Dionysos,
on procède à l'incinération de tout l'argent du monde dans des bâtiments spécialement
construits pour la banque : " Les banques les plus belles sont celles en feu.
C'est seulement dans les innombrables nuages de fumée en perpétuel mouvement
qui s'élèvent loin au-dessus des villes que l'univers reconnaît ses richesses.
" (Comment l'argent est transformé en savon, La Banque, une représentation de
la valeur, Le Savon, L'Odeur de l'argent). Le projet ne devait jamais voir le
jour. La crise est donc inéluctable. L'artiste abandonne la partie. Ce qu'il
y a d'inquiétant dans ce retrait, c'est qu'il se produit en un lieu, l'espace
pictural, dont on avait affirmé jusqu'alors qu'il était réellement public, totalement
ouvert à l'utopie sociale. L'artiste se barricada alors dans le tableau (Une
Histoire épouvantable, Mon frère, Les Tableaux dorment, Mon Frère dans la forêt).
Les déclarations en provenance de l'espace pictural, déclaré lieu exclusif de
l'artiste, hortus conclusus, ont perdu le ton de l'annonciation. Ce sont de
plus en plus d'amères manifestations d'apitoiements sur leur propre sort. La
disponibilité des tableaux à accueillir le monde se mue en douleur de l'artiste
assis dans le tableau et contraint de se débarrasser tous les jours des déchets
qui s'y accumulent. L'ouverture du tableau le contrarie. Il prétend qu'il y
a sans cesse des courants d'air et qu'il attrape froid. De plus, il n'est pas
tout seul dans le tableau, il doit s'occuper du problème personnage - fond.
Cette condition d'existence du tableau s'est muée en personnages dans le tableau,
elle est devenue un problème. Ce problème s'est révélé sous la forme d'une crise
de couple, insoluble parce le lien entre eux est brisé (Le Rêve de Jacob, Le
Problème, Je m'en vais, La Scène). Ce qui frappe, ce sont les deux visages de
ce changement de ton. Il y a d'une part l'humour, de l'autre la mélancolie.
Deux réactions de défense, c'est-à-dire deux manières de supporter une perte
ou le caractère inaccessible d'une chose. Il est intéressant de constater que
les deux modèles qui façonnent notre pensée, les sciences naturelles et l'économie,
ne connaissent ni l'humour ni la tristesse. Ils sont tous deux bien incapables
de sourire ou de pleurer. Malgré un début euphorique, cet aspect des tableaux,
refusant le monde, se manifeste très tôt. Je n'en découvrirai que plus tard
la beauté qui, en fait, annonce le début de l'horreur. Le côté pittoresque est
conforme aux possibilités médiatiques, la couleur noire, aux sombres perspectives
qui nous attendent. Il y a des zones dans le tableau où la lumière ne se réfléchit
plus et où elle est engloutie à jamais, comme s'il ne voulait plus répondre
au regard que l'on jette sur lui mais plonger dans l'abîme l'œil empli d'espoir.
Le concept de vue est une condition essentielle de ma conception de l'image.
" Si l'œil n'était pas ensoleillé comment pourrait-il apercevoir le soleil ?...
" L'œil acéré de Goethe ou celui des anciens Égyptiens m'a toujours semblé plus
proche que l'analyse du spectre de la lumière par Newton (La Visite de nuit
de l'atelier, Mesdames et Messieurs). De plus en plus, les tableaux dans les
tableaux se montrent de dos et refusent de laisser voir ce pour quoi ils ont
été confectionnés. L'idée de révélation du monde qui menace de se muer en fureur
d'exhibition totale, en présence généralisée désormais impossible à duper, en
simultanéité universelle, engendre son contraire, le refus, la fermeture. J'entrevois
dans l'habitude de l'exposition, de l'exposition artistique, une préparation,
en tout cas un parallèle à la divulgation, dangereuse parce qu'irréfléchie,
de tous les secrets, à la visualisation généralisée. Au milieu des années 1990,
on a découvert l'entrée arrière des tableaux. Tout comme, dans le geste artistique,
il a fallu ouvrir le côté face, le côté visible des tableaux. Reste encore à
découvrir un accès par-derrière. Thomas Huber parle aussi d'une entrée des artistes
: l'accès par-derrière aux tableaux serait une entrée des artistes, l'entrée
avant, sans aucun doute la plus vaste et la plus représentative, étant réservée
au public. En entrant, le public voit les choses arrangées au mieux. Rien ne
vient troubler la vision d'ensemble de la scène, le tableau brille de tous ses
feux. De son point de vue, l'artiste ne voit que les décors, les constructions
visibles, il distingue les déchets en coulisse ; l'ouverture vers l'avant, vers
le public n'est pour lui qu'un rectangle éblouissant de clarté (Le Théâtre,
Le Rêve de Jacob, La Scène, Angle I et II). L'artiste voit, dans le tableau
envisagé comme scène, la condition pour la représentation d'un décor compliqué.
Au fond de scène et à la salle viennent s'opposer l'arrière-scène, les coulisses,
les loges, les nombreux recoins cachés d'un théâtre. Le tableau n'est pas, comme
nous le pensions à tort, une surface, c'est une maison tout entière, un immeuble
immense abritant d'innombrables pièces dont seule une infime minorité est visible.
Discours sur le déluge, le premier tableau, avait déjà créé une situation scénique
; bien des années plus tard je construisit le théâtre. C'est le premier bâtiment
d'Huberville. En compagnie d'autres édifices publics, il marque la grand-place.
La ville s'accroît en plusieurs étapes de constructions diverses (Le Théâtre,
Panorama, Projet, Huberville, Sonnez les matines). À l'instar du théâtre, chaque
nouvel édifice est aussi un tableau. Un tableau que l'on peut observer de l'extérieur
et, parfois, doté de plusieurs entrées. Chaque œuvre entretient des liens avec
les autres comme les différents bâtiments d'une ville. Le spectateur est un
flâneur qui passe devant les immeubles ; parfois, il jette un œil par une fenêtre
ouverte et, de temps à autre, il se risque même à y pénétrer. Et quand j'ai
une nouvelle idée de tableau, c'est une nouvelle maison. Je choisis un environnement
qui convient et je suis satisfait qu'il y ait toujours une place pour une construction
nouvelle. Je n'ai pas besoin de réinventer l'art à chaque fois, je ne suis pas
forcé de construire un nouveau fond pour chaque tableau. Chacun est une partie
d'une utopie sociale en perpétuelle croissance. Un tableau, de nombreux tableaux
J'ai peint un tableau. Discours sur le déluge. Comme je l'ai décrit ici, tous
les aspects essentiels de ma conception de la peinture sont déjà présents dans
cette première toile. Celles qui lui ont succédé n'ont apporté que des précisions,
que des développements du projet initial, à quelques exceptions près. Pourquoi
ai-je peint d'autres tableaux ? Pourquoi ne me suis-je pas arrêté ? Après chaque
réalisation réussie, il est tout à fait possible de s'arrêter pour toujours,
et pourtant l'on continue. Cela est sans doute lié au temps. Ce serait trop
ennuyeux. On peint un tableau, cela peut durer plusieurs jours, plusieurs semaines,
j'ai même passé plusieurs mois à peindre certaines toiles. Le temps passe. Le
tableau est terminé. On vient le chercher. L'atelier est à nouveau vide. Avant
que l'ennui ne devienne trop grand, mieux vaut commencer une autre peinture.
Dans l'atelier, il n'y en a la plupart du temps qu'une seule ; une ou deux autres
peuvent aussi s'y trouver, mais jamais davantage. On ne peut regarder plusieurs
tableaux à la fois. Les tableaux se supportent mal entre eux. Une peinture est
un monde, une totalité fermée sur elle-même. Une œuvre n'est jamais seulement
une moitié dont on pourrait voir ailleurs l'autre moitié. Attention ! Chaque
tableau est un tout ! Et ensuite survient l'exposition. Les tableaux, dont chacun
est né en solitaire au fil du temps, dont chacun a eu une place pour lui tout
seul dans l'atelier, tous ces tableaux doivent désormais partager un lieu d'exposition
avec d'autres. C'est presque comme une guerre. Asynchronismes, des tableaux
de différentes époques sont présentés simultanément. Tous sont présents au même
moment. Présentation… que l'on pense à la racine de ce mot : présent. Le présent
est en fait pour les tableaux un anachronisme insoluble. De nombreux tableaux,
magnifiquement accrochés les uns à côté des autres, donnent toujours l'impression
d'une exposition. C'est inévitable. Et on a déjà vu tant d'expositions, alors
qu'en fait on a envie de voir des tableaux, pas des expositions. Je ne me suis
jamais intéressé aux expositions, seulement aux peintures. Je me suis toujours
élevé contre l'architecture, contre les espaces d'exposition, contre les salles
de musée, contre les locaux des galeries. J'ai développé une telle aversion
de l'architecture de ces endroits que je ne voulais plus en toucher les murs.
Et les tableaux devaient encore moins entrer en contact avec lesdits murs. Je
disposais mes peintures sur des chevalets au milieu des pièces. Les règles architectoniques
ne devaient en aucun cas déterminer le mode d'apparition de mes œuvres. Le monopole
de la communication que l'architecture réclame avec une suffisance croissante
m'agace au plus haut point. Les tableaux ne sont dignes d'intérêt que s'ils
sont montrés dans une architecture intéressante. Un musée est apprécié non pour
sa collection mais pour son architecture. Les tableaux ne sont plus montrés
dans ces locaux, ils sont mis en scène dans une architecture. Nous ne sommes
d'ailleurs plus en mesure de contempler des peintures, nous ne voyons plus que
les espaces dans lesquels elles sont accrochées (Les tableaux dorment, Mon frère).
L'exposition Ce malaise m'incita en 1982 à montrer Discours sur le déluge non
dans une espace architectural mais dans un espace linguistique que j'édifiai
par mes propos autour du tableau et au-dessus de moi et du public. L'espace
linguistique, un espace symbolique éphémère, à l'origine un espace rituel, a
ainsi constitué l'environnement idéal pour mon tableau. L'allégorie de la ville,
où les tableaux sont des immeubles, a représenté une des manières de résoudre
mon dilemme. Tous les tableaux sont repris en un seul, celui de la ville. J'ai
dit : " Le tableau est le meilleur endroit pour les tableaux. C'est dans l'espace
pictural que les tableaux sont le mieux mis en valeur. Ce n'est pas le musée
qui conserve les tableaux, c'est dans les tableaux qu'ils sont le mieux gardés.
" Je me souviens de la tradition des cabinets de curiosités. Dans les collections
princières, de nombreuses œuvres de différents auteurs étaient accrochées si
serrées les unes contre les autres qu'elles ne formaient plus qu'un seul tableau.
Les membres de la cour, toujours accompagnés de quelques chiens, y figuraient
en train de contempler cette collection. Cette manière de la conserver en la
représentant pourrait par ailleurs assurer l'avenir des musées, qui se remplissent
de plus en plus (Los Gabinetes de pinturas, 1992, musée du Prado ; Georges Perec,
Un cabinet d'amateur, Paris 1979 ; Marcel Duchamp, La Boîte-en-valise) Ma proposition
pour un concept d'exposition Je vais peindre l'exposition projetée. Je vais
peindre un grand tableau où j'exposerai mon œuvre de ces vingt dernières années.
Je montrerai mes œuvres dans mon tableau, une galerie de mes œuvres, Le Cabinet
des tableaux de Thomas Huber. Pour me faire plaisir, je peindrai aussi un chien
dans le tableau. Nous en avons du reste un dans la famille. Dans un premier
élan de joie d'avoir trouvé cette solution, on aurait pu en toute logique en
conclure que seul ce tableau allait être montré. Une exposition de plus de 100
œuvres avec un seul tableau ! Nous accrocherons ce tableau dans le hall d'entrée
du musée et nous laisserons les autres salles vides. Ce sera de toute façon
une exposition très rentable. Le Cabinet des tableaux sert de référence à l'exposition
des œuvres. Il est la ligne directrice permettant un choix critique des tableaux.
Il révèle les rapports des œuvres entre elles, leur agencement. Pour la durée
de l'exposition, il est le point de référence de tous les autres tableaux. C'est
donc le document de l'exposition. Retrouver un à un les tableaux de l'exposition
peut devenir presque un jeu pour le visiteur. On peut donc s'amuser à situer
dans le tableau d'ensemble les œuvres éparpillées dans les salles. Si l'on peut
contempler les œuvres de l'exposition, c'est grâce au Cabinet des tableaux,
le prélude même de cette exposition. Le catalogue de l'exposition est un catalogue
de ce tableau car il s'en tient à ce seul tableau. Il se consacre exclusivement
à ce qui y est montré, aux reproductions en couleurs. Les " originaux " ne sont
présentés que comme références aux reproductions figurant dans le tableau. Le
Cabinet des tableaux sera vraisemblablement achevé fin 2003. 1982, zum Ende
meiner Studienzeit stellte ich am Rundgang der Düsseldorf mein Bild "Rede
über die Sintflut" vor. Das Bild zeigt die Turnhalle des Gymnasiums in
Zürich, wo ich meine Schulzeit durchstand und schließlich mit der
glücklich bestandenen Matura verließ. Diese Turnhalle war Teil einer
verwinkelten Anlage von Gebäuden hinter der Bahnhofstrasse mitten im Zentrum
von Zürich. Sie befand sich an der Rückseite eines massiven Schulgebäudes
aus der Gründerzeit und schloss direkt an die St. Annakapelle an, eine
kleine Restkirche, die einmal zu einem Kloster gehörte. Die Kapelle war
auf einem kleinem Grundriss erbaut und stieg über eine massige Empore unverhältnismäßig
in die Höhe. Die großen und dominanten Geschäftshäuser
rundherum ließen der Kapelle kaum Platz und ließen nur spärliches
Licht durch zwei in dunklem Glas gefasste pseudogotische Fenster ins Kircheninnere
sickern. Die Kapelle hatte auch einen Zugang zur Turnhalle. Dafür musste
man an den Umkleideräumen für Buben und Mädchen vorbei. In der
Kapelle roch es darum immer etwas nach kleinem Kinderschweiß. Der Übergang
von der Kapelle zur Turnhalle wurde nur bei größeren Feiern der Schule
geöffnet. Nach dem einführenden Gottesdienst, gingen die Eltern und
Anverwandten durch diese Türe in die angrenzende Turnhalle. Diese konnte
für solche Anlässe in einen Veranstaltungssaal mit Bühne umgewandelt
werden. Dort führten wir dann der versammelten Elternschaft ein Theaterstück
vor oder sangen im Chor. Die Fenster des Turn- oder Theatersaales öffneten
sich auf einen großen Innenhof, der von einem Hotel umgrenzt wurde. Während
dem Frühturnen am Morgen konnten wir durch die großen Fenster das
Aufstehen der Hotelgäste beobachten. Viel Spaß machte es auch, beim
Ballspiel den Ball mit aller Kraft gegen die Verbindungstür zur Kapelle
zu schießen. Das Echo seines Aufpralls, das aus dem Kircheninnern durch
die Tür herüberdonnerte, war phänomenal.

Rede über die Sintflut - © Thomas Huber / VG Bildkunst
Diese seltsame Turnhalle mit ihren überraschenden Nachbarschaften hatte
ich als Ort gemalt, um darin, vor versammeltem Publikum, über die Sintflut
zu reden. Verschiedene Dinge, Bilder, Modelle, Installationen u.a.m. waren im
Raum aufgebaut. Sie sollten dem Publikum zur Anschauung meiner in der Rede geäußerten
Gedanken dienen. Meine Rede hielt ich frei, ich hatte mir lediglich einige Stichworte
aufgeschrieben. Einen Anzug, aus der Zeit, als ich noch zuhause wohnte und meine
Mutter mir meine Kleider einkaufte, hatte ich unter meinen alten Sachen gefunden.
Ich trug ihn um die Förmlichkeit meines Auftrittes zu unterstreichen. Er
war hellgelb, aus synthetischer Faser, bügelfrei und zu eng geworden.
Die "Rede über die Sintflut" steht am Anfang meiner künstlerischen
Äußerung. Das vorgestellte Bildrepertoire sowie die Herausstellung
eines Bildes in einer begleitenden Rede ist bis heute als Bildprogramm und Haltung
verpflichtend geblieben.
Nach über zwanzig Jahren, seit der Uraufführung der "Rede über
die Sintflut" wird ein Überblick über mein Schaffen seit diesem ersten
Auftritt, damals in der Aula der Kunstakademie, gegeben.
Die "Rede über die Sintflut", das erste Bild, gibt mir die Gelegenheit
hier zwei Grundzüge meiner Bildauffassung darzulegen, die bis zu den Bildern
heute Gültigkeit behalten hat. Das Folgende ist als kritischer Überblick
und Bestandsaufnahme des eigenen Werks aus Sicht des Autors zu verstehen. Es
kann auch dazu dienen, den für die Ausstellung Verantwortlichen einen Überblick
über mein Schaffen zu geben und möglicherweise Anlass sein, um zu
einer eigenen Einschätzung zu kommen.
Es wird hier also zuerst ein nachdenkliches Resumée gegeben. Dieses steht
natürlich besonders unter der Frage, wie meine Bilder aus unterschiedlichen
Zeiten in einer Ausstellung präsentiert werden sollten. Denn bisher wurden
sie immer in einem inhaltlichen Werkzusammenhang aus einem Zeitabschnitt gezeigt.
Meine Bilder habe ich also bisher ausschließlich thematisch vorgestellt.
Am Schluss meiner Ausführungen werde ich darum meinen Vorschlag, wie eine
Auswahl von Bildern aus unterschiedlichsten Zeiten in einem diese allumfassenden
Bild, zusammengefasst werden sollen, vorstellen.
Das Bild ist ein Ort
Eine verbindliche Äußerung, eine Mitteilung bedarf meines Erachtens
eines verifizierbaren Ortes, von wo aus sie gemacht wird. Mit der Angabe des
Ortes verrät die Mitteilung auch ihre Voraussetzungen, ihre Möglichkeiten
und Grenzen. Einer Aussage geht also eine Orientierung voraus, es geht um Wahl
des Standpunktes, des Standortes. Eine künstlerische Äußerung
muss zum einen ihren Ort finden, zum anderen aber in einem glücklichen
Moment der Selbstdurchsichtigkeit bewusst werden, dass dieser Ort sehr individuell
immer schon gegeben war. Die Feststellung dieses Ortes oszilliert also auch
im Widerstreit zwischen Freiheitsvorstellungen und biografischer Begrenztheit.
Die Turnhalle meiner Schule, die gleichzeitig auch zum Bühnenraum umgestaltet
werden konnte, die seltsam überraschende Nachbarschaft zum Klerikalen,
die Möglichkeit des Voyeurismus angesichts der gegenüberliegenden
Hotelzimmer und die Duftmischung von Schulstaub, Turnhallengeruch und Kirchenmuff
waren für mich als nicht überschaubares und auch nicht begreifbares
Labyrinth an Architekturen und Eindrücken der ideale Ort zur Äußerung
meiner persönlichen Offenbarungen. Die grundlegende Kenntnis des Ortes
gab mir genügend Selbstvertrauen ihn zu malen. Die Wahl dieses Ortes erlaubte
mir auch eine sachliche Darstellung im Bilde, ohne je etwas erfinden zu müssen.
Ob es zu einer Zeit opportun ist, Bilder zu malen, Malerei also angesagt ist
oder nicht, spielt bei der Wahl des Mediums keine Rolle. Es wird nie mehr selbstverständlich
und ungefragt möglich sein Bilder zu malen. Den zureichenden Grund sich
Pinsel und Leinwand anzuschaffen muss jeder heute für sich selber immer
wieder und jedes Mal aufs neue erfinden. In der Kunst ist nichts mehr selbstverständlich.
In der Zeit bevor ich das Bild "Rede über die Sintflut" schließlich
malte, fertigte ich viele Entwürfe für ein Rednerpult an. Ich machte
Pläne und Modelle, ich absolvierte sogar einen Schreinerkursus. Ich füllte
viele Skizzenbücher mit Konstruktionen für eine neue Arche, ich entwarf
Schautafeln für einen Vortrag und machte Notizen für meine Rede, die
die Welt retten sollte. Und vor allem suchte ich in Düsseldorf den geeigneten
Raum um mich dort an das zu rettende Publikum zu wenden. Dann kam mir das Bild
der Turnhalle in Zürich in den Sinn. Das Bild der Halle vor Augen war eine
Offenbarung! Ich würde meine Rede im Bild halten, ich würde alle in
vielen Skizzen vorbereiteten Utensilien zur Veranschaulichung meiner Rede ins
Bild, d.h. in diese Halle malen und es müsste mir doch gelingen, mit bester
Redekunst auch das Publikum schließlich in das Bild hinein zu reden!
Nein, kein Raum irgendwo, ob nun in Zürich, Düsseldorf oder woanders.
Keine riesigen, sperrigen Aufbauten, keine Schreinerarbeiten, sondern ein Bild
davon. Ein Bild, gemalt. Die Botschaft sollte vom Bild ausgehen.
Es war als hätte ich das Bild als Ort einer wichtigen und künstlerischen
Mitteilung an die Welt neu erfunden. Ich hatte das Bild als jenen Ort gefunden,
von wo aus die Welt zu retten war. Hier würde ich meine "Rede über
die Sintflut" den Menschen nahe bringen.
In dieser Rede bzw. dem Bild wird eine Bildauffassung postuliert, die auch für
mein ganzes späteres Bilderschaffen verpflichtend sein wird: Das Bild ist
ein Ort. Der Ort ist ein Übergang eine Grenze, eine Schwelle. Diese Schwelle
überschreitend geschieht eine Wandlung. Der Ort, das Bild, eine Fläche
öffnet sich zum Raum. Das Bild ist jener Ort, da sich Raum, der Bildraum
eröffnet. Entgegen der physikalischen Raumvorstellung, die den Ort (den
Punkt ) im Raum definiert, ist hier der Ort die ausgezeichnete Stelle, an der
erst sich Raum auftut. Heidegger gibt der alten Idee des genius loci in seiner
Schrift "Bauen, Denken, Wohnen" mit eben dieser Raumauffassung eine neue Deutung.
Ich habe diesen Text erst viel später mit viel Begeisterung gelesen. Albrecht
Dürer spricht von seinen Zeichnungen als Riss (wir kennen das Wort noch
als Grundriss, Aufriss) Die geschlossene Oberfläche des Bildes wird aufgerissen,
zur Tiefe, Bildtiefe zum Raum geöffnet. Der Bildraum ist eine zu entdeckende,
sich offenbarende Weite hinter einer Oberfläche. Diese Welt kann nur an
einem ausgezeichneten, sich offenbarendem Ort erschlossen werden: Es ist das
Bild.
Der Bildraum
Bereits die "Rede über die Sintflut" wurde nach den Gesetzen der angewandten
Perspektive konstruiert. In der "Rede in der Schule" dann, werden diese Gesetze
deutlich reflektiert und als sichere Orientierung erkannt mit deren Gesetzmäßigkeiten
es möglich wird, sich im Bildraum zweifelsfrei und präzise zu bewegen.
Darüber hinaus wird in der perspektiven Darstellung des Kreises mittels
der Schnitte durch den Kreiskegel (es handelt sich um eine Besonderheit der
theoretischen Perspektive und ist außerdem die Grundlage für die
Kurvendiskussion) ein präzises Instrument gefunden, zwischen Realraum und
Bildraum zu vermitteln (siehe dazu "Zum Gesicht" und "Rede in der Schule").
Die Perspektive wird nicht als Mittel verstanden ein plausibles Abbild einer
gegebenen Situation oder eines architektonischen Vorhabens nach Plan zu erstellen.
Sie dient vielmehr dazu einen kalkulierbaren Übertritt in die Bildwelt
zu konstruieren und dort dann im Bildraum die Gewähr für eine maßverbindliche
Orientierung zu geben.
Der "andere" Raum, der Bildraum, wird also mittels geometrischer Prinzipien
präzise vermessen. Bereits in der "Rede in der Sintflut" wird dem Redner
eine Seife vorgelegt und in einem Eimer wird Wasser heiß gemacht und die
Anordnungen werden erklärt. Erste physikalisch chemische Versuchsanordnungen
sind also bereits installiert. Solche Demonstrationen werden in späteren
Bildern präzisiert und ausgeweitet (Rede in der Schule, Ein öffentliches
Bad für Münster, Der Besuch im Atelier, Wasser Salz und Bilder, Die
Ausstellung, Die Bank - eine Wertvorstellung). Der Bildraum kann nun auch klimatisch
physikalisch bestimmt und beeinflusst werden: Die Ideale Bildtemperatur, die
klimatischen Bedingungen im Bildraum, die Dichte des Bildraums, der osmotische
Druck an der Bildoberfläche (Die Bibliothek). Die vielfachen Verweise auf
chemische und physikalische Vorgänge und Gesetzmäßigkeiten sind
oft in Anlehnung an alchemistische Vorstellungen der ausdrückliche Versuch
in Metaphern eine andere Beschreibung und Reflexion malerischer Probleme zu
erörtern und sie zu lösen. Es geht darum, dem Herstellen von Bildern
klare Handlungsanweisungen und Parameter für ein maßgenaues Arbeiten,
sowie schließlich ein gutes Ergebnis zu ermöglichen.
Der so erschlossene und auch bestimmte Bildraum ist in der "Rede über die
Sintflut" ein Ort für eine wesentliche, eine wichtige Mitteilung - die
Rede. Ich lud damals mit einem Plakat, das die Rede ankündigte, in die
Aula der Kunstakademie ein. Diese Rede umkreist ein Heilsversprechen. Das Versprechen,
so sagt die Rede, wird sich im Bildraum einlösen. Der Bildraum ist der
Ort der Erlösung der Welt.
Die Ankunft dieses Heils, die Rettung der Welt, wie in der "Rede über die
Sintflut" versprochen, wird in den folgenden Bildern in unterschiedlichen Visionen
immer wieder ausgesprochen. Voraussetzung für eine dergestalte Offenbarung
ist der nach den gefundenen Regeln erschlossene Bildraum (Der Besuch im Atelier,
Das Hochzeitsfest, Ein öffentliches Bad für Münster, Die Ausstellung,
Jakobs Traum). Die Rettung kann nur im Bild geschehen.
Die Heilsbotschaft, bzw. deren reale Einlösung im Bildraum, formuliert
sich in unterschiedlichen Bildern bzw. Metaphern. In der "Rede über die
Sintflut" ist es der neu gewonnene liebevolle Blick auf die Welt. Voraussetzung
für diesen Blick ist die Übereinkunft. Vor allem in den darauf folgenden
Bilder, "Rede in der Schule" und "Das Hochzeitsfest", wird das Bild als Gemeinplatz
festgestellt. Die eigentlich innerbildliche Komponente, die Komposition des
Bildes wird als sinnvolle Komposition derjenigen zueinander gedeutet, die gekommen
sind, das Bild zu sehen. Der Bildentwurf meint die gelungene Form, in der sich
die Betrachter, die Bildinteressenten vor dem Bild zusammenfinden. Die Betrachter,
so sie den Bildraum in der "Rede über die Sintflut" erreichen, werden im
Formvorschlag der Arche als Gemeinheit gerettet. In der "Rede zur Schöpfung"
erklärt der Redner die anwesenden Zuschauer, jeden von ihnen als Baum und
fügt sie im gezeigten Bild zum dunklen und still unergründlichen Wald
zusammen. Im "Hochzeitsfest" werden sie als Gäste an einer eigens für
sie eingerichteten Tafel im Bildraum empfangen und in dieser communio in der
Solidarität mit dem Hochzeitspaar ihrer Formvollendung zugeführt.
Im öffentlichen Bad für Münster wird, in Anlehnung an die Sozialutopie
der Wiedertäufer dort, die gemeinsame Bildbetrachtung als kollektives Bad,
als Eintauchen in ein besseres Bild der Welt vollzogen, aus dem, wieder hervorgetaucht,
die Menschen zu neuen Menschen geworden sind.
Im Gegensatz zu religiösen oder psychologischen Heilsversprechen geschieht
die Erlösung nicht rituell oder gruppendynamisch, sondern vollzieht sich
nachmessbar geometrisch und absolut formal. Es wird also weder religiös
ein Glaube gefordert, noch werden psychische oder soziale Verhärtungen
zuerst aufgeweicht. Es reicht aus, das Bild in seiner Vorführung zu sehen.
Der Sehvorgang allein, weil er im Bild mitbedacht und kalkuliert ist, führt
zur Erlösung. Das Bild heilt. (Ähnlich hilft z.B. Aspirin gegen Kopfschmerzen.
Man muss seine chemische Zusammensetzung nicht verstehen, auch muss man nicht
daran glauben, um geheilt zu werden. Ähnlich wirken homöopathische
Mittel, mit der Einschränkung, dass man keinen Kaffee oder Pfefferminztee
trinken soll, weil das die Wirkung der Mittel zunichte machen kann. In Anlehnung
an diese Einschränkung, rate ich einem Bildbetrachter, der eine Heilungserwartung
mit der Bildbetrachtung verbindet, keine philosophisch ästhetischen Schriften
zu lesen bzw. mich zu kontaktieren, welche Schriften er ohne schädliche
Nebenwirkungen lesen kann).
>> Fortsetzung: Kabinett der Bilder (2)